Le choix d’un site basse-technologie

Il ne serait pas original de dire qu’Internet est une des industries les plus polluantes au monde. De ce fait, mettre en place ce site Ă©tait un dilemme : comment, pouvait-on, alors qu’on se revendiquait de l’écologie et de la sobriĂ©tĂ©, mettre en place un site Internet ? La solution est de construire un site dit « basse technologie Â».

Éloge de la sobriété numérique

Concrètement, qu’est-ce qui est Ă  l’origine de la consommation Ă©lectrique d’un site Internet ?

  • Le poids de chaque page web : le poids moyen d’une page est d’environ 2 Mio. Or, chaque page est tĂ©lĂ©chargĂ©e, c’est-Ă -dire qu’elle est transfĂ©rĂ©e du serveur jusqu’à votre ordinateur. Ce transfert, passant par moult câbles, consomme bien Ă©videmment de l’énergie ;
  • Les calculs serveur : Il faut savoir que, lorsque le serveur fait des calculs, il va consommer de l’énergie. Et plus les calculs seront complexes, plus cette Ă©nergie consommĂ©e sera importante : on peut le vĂ©rifier empiriquement avec notre propre ordinateur. Lorsque l’on rĂ©alise des tâches gourmandes (visio-confĂ©rence, gĂ©nĂ©ration 3D, montage vidĂ©o), l’ordinateur va devoir faire plus de calculs, donc consommer plus d’énergie (se dissipant sous forme de chaleur : il faudra alors refroidir, consommant encore plus d’énergie).
  • La consommation Ă©lectrique du serveur : en France, nous avons la chance d’avoir une production Ă©lectrique Ă  majoritĂ© non carbonĂ©e (le nuclĂ©aire pose d’autres problèmes), mais, dans de nombreux pays, la production vient de centrales Ă  charbon ;

Pour rĂ©soudre la première problĂ©matique, nous avons fait le choix d’une charte graphique lĂ©gère, minimaliste, voire carrĂ©ment spartiate : nous utilisons une version customisĂ©e du thème Susty, qui se proclame comme le plus lĂ©ger au monde. Avec quelques choix techniques supplĂ©mentaires (au lieu d’un logo sous une forme d’image, nous avons pris un symbole Unicode), loin des 2 Mio moyen, le poids moyen d’une page fait 15 Kio, soit 133 fois moins. Le corollaire est la rapiditĂ© d’affichage sur les petites connexions, ce qui n’est pas sans dĂ©plaire.

Pour la limitation de la sollicitation du serveur, il n’existe pas dix-mille solutions : il faut un site web dit « statique Â». Concrètement, il existe deux types de sites Internet : les sites web statiques et dynamiques. Un site web dynamique, c’est lorsqu’une page est rĂ©gĂ©nĂ©rĂ©e (recalculĂ©) Ă  chaque fois qu’elle est rafraĂ®chie : il faut chercher dans la base de donnĂ©es l’article, exĂ©cuter des fonctions, etc., pour afficher une page prĂ©sentable. Au contraire, un site statique possède dĂ©jĂ  des pages dĂ©jĂ  gĂ©nĂ©rĂ©es, limitant grandement les opĂ©rations. Il existe une multitude de gĂ©nĂ©rateurs de sites statiques, et Ă  titre personnel, j’utilise un de mon cru. Cependant, c’est un choix qui me semblait peu recommandable pour ce projet : comment tenir un site Ă  plusieurs, avec d’une part l’utilisation quasi obligĂ©e de Git (et de la ligne de commandes) et d’autre part des environnements de bureau disparate (Linux, Mac, et probablement Windows ?).

Une solution retenue Ă©tait d’utiliser un site web dynamique et le rendre statique.Ce miracle technologique est possible grâce au logiciel WP2Static. Concrètement, il existe deux versions du site : une dynamique et une autre statique. Sur la dynamique, il est utilisĂ© le logiciel WordPress, cĂ©lèbre logiciel qui peut ĂŞtre facilement utilisĂ© par des non-techniciens. Puis WP2Static va transformer le site dynamique en crĂ©ant une copie statique, qui vous est prĂ©sentĂ©e, Ă  vous, lecteur. Cette solution n’est pas la panacĂ©e, et il a Ă©tĂ© nĂ©cessaire de faire des compromis : par exemple, il est impossible de commenter comme sur un site statique, il faut envoyer un courriel sur une adresse spĂ©ciale.

Cette solution, si elle semblait séduisante, possède des limites. La solution retenue est donc la mise en cache des fichiers (les fichiers sont statiques chez vous, pas sur le serveur), permettant de trouver un compromis entre site statique et site dynamique.

Ainsi, lors de la conception du site, il a fallu arbitrer sur la base de considérations techniques et ergonomiques. Les choix sont très certainement discutables (et doivent être discutés), et nous allons continuer de modifier des choses dans les mois à venir, au fil des apprentissages.

Concernant la consommation Ă©lectrique, nous aurions pu faire le choix d’hĂ©berger notre propre serveur, alimentĂ© par une source d’énergie renouvelable (comme des panneaux solaires). Nous avons fait le choix de le mettre sur un serveur mutualisĂ© (partagĂ© par plus de 800 personnes). En effet, il nous semblait plus raisonnable d’utiliser au maximum de sa capacitĂ© un serveur « normal Â», plutĂ´t qu’un serveur vert en sous-capacitĂ©.

Finalement, comble de coquetterie, nous affichons en bas de chaque page une estimation carbone de l’affichage de chaque page. Même si le calcul est approximatif, nous souhaitons sensibiliser à cette question de verdissement d’Internet.

Back to the (U)RSS

Mais vous aussi, vous pouvez nous donner un coup de main pour nous aider Ă  rendre ce site plus vert. Comment ? En utilisant le flux RSS. Cette technologie, ancienne, vous permet de suivre des nouveautĂ©s du site, en Ă©vitant le filtrage des algorithmes des plateformes, qui dĂ©cident pour vous ce que vous devez voir.

Conclusion

Ainsi, grâce à quelques choix techniques simples, nous avons pu obtenir un site Internet sobre en consommation de ressources (toutes proportions gardées). En faisant quelques arbitrages, nous avons réduit considérablement le poids de chaque page, sans (trop) perdre en fonctionnalités, en ne gardant que l’essentiel et le nécessaire.

Nous voulions, après avoir explicitĂ© nos choix politiques et philosophiques, expliciter nos choix techniques. La dĂ©marche, si elle n’est pas en soi bien originale, est intĂ©ressante et peut servir, espĂ©rons-le, Ă  d’autres sites !

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